Aujourd'hui, 108 habitants. En 1846, plus de mille. Et il y a près de deux mille ans, sur ses collines, un temple où l'on déposait des autels par centaines. Belbèze est la preuve qu'un lieu minuscule peut cacher un patrimoine immense.
Belbèze-en-Comminges est posé sur les Petites Pyrénées, ces collines calcaires qui précèdent la chaîne, au centre de la Haute-Garonne, entre Saint-Gaudens et Salies-du-Salat. Son nom vient de l'occitan bèl et vezer, « belle vue » : d'ici, le regard porte loin sur les Pyrénées. La commune s'étend de 320 à 601 mètres d'altitude.
Elle appartient historiquement au Comminges, un comté pyrénéen qui s'étendait sur des parties de la Haute-Garonne, du Gers, des Hautes-Pyrénées et de l'Ariège, et qui fut longtemps indépendant avant d'être rattaché à la Couronne au XVe siècle. Le village dépendait de l'évêché de Saint-Bertrand-de-Comminges.
Le sous-sol de Belbèze est fait de calcaire blanc. Il est exploité dès l'époque romaine : les grandes carrières souterraines de Belbèze, et celles du Pédégas, sont gallo-romaines. Une route les reliait à la Garonne, pour expédier la pierre. On a retrouvé dans les pierriers des fragments de sarcophages.
À 520 mètres d'altitude, au lieu-dit Pédégas d'en Haut, jaillit une source, piégée entre une couche de calcaire et une couche de marne. Dès l'époque gauloise, on vient y honorer une divinité. À la fin du Ier siècle de notre ère, on y construit un temple : un édifice d'environ 28 mètres sur 8, avec une petite cella agrandie par une seconde de 8 mètres sur 6,20, pavée de calcaire blanc. Une piscine taillée dans le rocher, alimentée par la source grâce à des griffons de bronze, complète l'ensemble, avec trois pédiluves pour les bains de pieds rituels.
Les fouilles menées par Gabriel Manière et Michel Labrousse de 1964 à 1967 ont livré un mobilier exceptionnel : environ 220 autels votifs et socles, beaucoup brisés volontairement, mais aussi des fibules, des strigiles, des monnaies, des statuettes, des petits pots à offrandes. La plus ancienne monnaie trouvée dans le mortier est un bronze de Vespasien de l'an 71.
Plus aucune monnaie après les années 375-380 : le sanctuaire est abandonné, puis détruit, à la fin de l'Antiquité, quand le christianisme l'emporte.
Au Moyen Âge, les ruines servent de carrière : leurs pierres finissent dans des fours à chaux. Le site, isolé et difficile d'accès, est aujourd'hui en grand état d'abandon.
À l'époque moderne, une famille seigneuriale de Belbèze est attestée : Lizier de Francazal en 1581, Bernard en 1613, Jean en 1666. Le château de Beauvoir, sur la commune, est inscrit monument historique en 1990.
Au XIXe siècle, le village vit de l'agriculture et de la pierre, et atteint 1 096 habitants en 1846. Puis l'exode rural le vide, comme toute la montagne commingeoise. En 2023, Belbèze compte 108 habitants, dix fois moins. Les forêts couvrent un quart de la commune, les prés et les champs le reste ; cinq exploitations y élèvent encore des bovins.
Le sanctuaire de Pédégas est un exemple rare, dans la région, de temple rural gallo-romain lié à une source. Les fidèles venaient y faire des vœux et, lorsqu'ils étaient exaucés, ils offraient un petit autel de pierre portant parfois le nom du dieu. Le nombre d'autels retrouvés, environ 220, montre l'importance du lieu pendant plus de trois siècles.
L'eau y jouait un rôle central : la piscine taillée dans le roc, les pédiluves en grès roux venu de la carrière de Furne, à Cassagne, et les griffons de bronze qui amenaient l'eau de la source suggèrent des rites de purification ou de guérison.
Belbèze vient de l'occitan bèl vezer, « belle vue ». On retrouve la même racine dans Beauvezer ou Belvèze.
Les résultats des fouilles de 1964-1967 n'ont pas pu être publiés à l'époque, à cause d'incidents chez l'éditeur. Ils ne l'ont été qu'en 2000.
L'architecte Patrice Bonnet (1879-1964), Prix de Rome, est mort à Belbèze-en-Comminges.
À quelques kilomètres, le donjon d'Ausseing, peut-être du XIe siècle, a appartenu aux Templiers puis aux Hospitaliers de Montsaunès.