Dans la garrigue au nord du Pic Saint-Loup, un village de 47 habitants. Pendant près de cinq siècles, des nobles y ont travaillé de leurs mains, devant des fours brûlants, sans rien perdre de leur rang : c'étaient des gentilshommes verriers.
Ferrières-les-Verreries se trouve sur le causse de l'Hortus, à une trentaine de kilomètres au nord de Montpellier, au nord du Pic Saint-Loup. La commune s'étend sur plus de 17 km² de garrigue et de bois, entre 206 et 421 mètres d'altitude ; près de 95 % du territoire est couvert de végétation naturelle.
L'endroit est habité depuis très longtemps. Le dolmen de Ferrières, construit vers 2500-2300 avant notre ère, a donné son nom à une culture préhistorique, le « Ferrérien ». Les fouilles y ont révélé un sanctuaire avec des cheveux et des ossements, peut-être d'un couple venu d'Europe du Nord. Le lieu apparaît dans les textes en 1116, dans le cartulaire de Maguelone, sous le nom de mansum de Ferreris : le nom rappelle d'anciens sites où l'on fondait le minerai de fer.
Sous l'Ancien Régime, un noble qui travaillait de ses mains risquait de « déroger », c'est-à-dire de perdre sa noblesse. Le verre fait exception. Le plus ancien privilège royal connu, un acte de Charles VI daté du 24 janvier 1399, autorise les nobles de naissance à souffler le verre sans déroger. Des arrêts successifs le confirment, jusqu'aux lettres patentes de Louis XV en 1727.
Le métier ne rend pas noble : il faut l'être avant. « Pour faire un gentilhomme verrier, il fallait d'abord prendre un gentilhomme », dit le proverbe. En revanche, les familles se transmettent jalousement le savoir-faire et le droit de l'exercer. En Languedoc, on retrouve les noms d'Audoin, d'Azémar, Cabanel, Caylar, Faucon, Riols, Suère ou Verbigier de Saint-Paul. En octobre 1753, les gentilshommes verriers du Languedoc tiennent même une assemblée à Sommières.
Pourquoi ici ? Parce que la verrerie dévore du bois. Il faut une forêt pour alimenter un four, et les chênes, surtout le chêne blanc, sont abondants sur le causse. Les verriers s'installent donc au cœur des bois, loin des villages. Sur le causse de l'Hortus, on a compté jusqu'à 21 ateliers. La plus ancienne verrerie de Ferrières était aux Baumes.
La plus connue est celle de Couloubrines, au pied du village. Du XVIe siècle à la Révolution, elle appartient à la famille noble de La Roque de Couloubrines. Le verre partait par le « chemin des Verriers », qui passait par Claret et Valflaunès jusqu'à Sommières.
Les nobles verriers étaient surnommés, avec un peu de moquerie, les « roturiers du verre ».
La Révolution supprime les privilèges : en 1791, la loi Le Chapelier abolit les corporations, et les gentilshommes verriers deviennent de simples artisans. La raréfaction du bois puis l'arrivée du charbon et de la verrerie industrielle font le reste : les fours du causse s'éteignent. En 1703 déjà, la guerre des Camisards avait gravement endommagé l'église du village.
Le village se vide : en 1968, il ne compte plus que 11 habitants. Au début du XXe siècle, il avait pris officiellement le nom de Ferrières-les-Verreries, pour se distinguer de Ferrières-Poussarou et rendre hommage à ses verriers. En 1989, la verrerie de Couloubrines est fouillée et restaurée. La population remonte jusqu'à 75 habitants en 2012 ; elle est de 47 aujourd'hui.
La verrerie de Couloubrines est l'un des derniers témoins de l'activité des gentilshommes verriers sur le causse. C'est une verrerie à bois, dont les vestiges remontent au XVIIe siècle, fouillée et restaurée en 1989.
On y comprend comment travaillaient les verriers : le four, chauffé au bois de chêne, montait assez haut en température pour fondre le sable ; les verriers cueillaient la pâte au bout de leur canne et la soufflaient. Autour, tout un monde de bûcherons, de charbonniers et de muletiers vivait de l'atelier.
Le site ne se visite qu'en visite guidée, sur réservation, pour les groupes comme pour les particuliers (environ une heure). Une formule associe la visite aux vins du terroir.
Le poète Saint-Amant, issu d'une famille de nobles verriers, s'attira les moqueries de Boileau, et le poète Maynard lui adressa une épigramme sur la fragilité de sa noblesse : « gentilhomme de verre ».
La cloche de l'église, fondue en 1646 par Léonard Bordes, de Montpellier, est protégée au titre des monuments historiques.
Le « Ferrérien » est une culture du Néolithique final, des agriculteurs-éleveurs bâtisseurs des plus anciens dolmens de la région.
La commune garde des murets de pierre sèche, des lavognes (mares empierrées pour les troupeaux), les sources de Gorniès et du Boulidou et le moulin de Gorniès.