Soixante-huit habitants, deux exploitations agricoles, une église au clocher-mur et, au milieu des champs, un château gascon de la fin du XIIIe siècle. Il a été forteresse, demeure de gouverneurs, puis bâtiment agricole. Aujourd'hui, c'est un monument historique presque inconnu.
Mérens est une petite commune rurale du centre du Gers, à une quinzaine de kilomètres au nord d'Auch, dans le Haut-Armagnac. Ses voisines s'appellent Lavardens, Peyrusse-Massas et Roquefort. Le paysage est celui des coteaux gascons : des champs de céréales et d'oléagineux, l'Ourlan qui serpente, des fermes isolées. La commune a compté jusqu'à 161 habitants en 1821 ; elle en a 68 aujourd'hui.
Le château est bâti à la fin du XIIIe siècle ou au tout début du XIVe. C'est un château gascon, un type très répandu dans le Sud-Ouest à cette époque : un logis rectangulaire massif, haut et fermé, flanqué d'une tour. De cette première époque, Mérens garde le noyau central et la tour carrée du sud-ouest.
Une famille seigneuriale de Mérens, parfois écrite Mérenx, est attestée en Armagnac. Aux XVIe et XVIIe siècles, ses membres exercent des charges de gouverneur pour le roi à Fleurance et à Layrac. Cette famille était protestante avant la révocation de l'édit de Nantes ; elle est aujourd'hui éteinte.
Vers 1600, le château est modernisé. On lui ajoute un nouveau système de défense, avec un chemin de ronde circulaire. Entre 1604 et 1613, de grands travaux percent des fenêtres, réorganisent les pièces et doublent la hauteur de la façade est. La forteresse médiévale devient une demeure, à l'heure où les guerres de Religion s'achèvent.
Comme beaucoup de châteaux de campagne, Mérens est ensuite transformé pour des usages agricoles. Il sert de bâtiment d'exploitation. C'est d'ailleurs dans le chai, à l'ouest, que subsistent des éléments de l'enceinte médiévale. Cette reconversion lui a sans doute épargné le sort des châteaux démontés pour leurs pierres : utile, il a été entretenu.
Château fort, demeure de gouverneurs, puis chai et granges : à Mérens, c'est l'agriculture qui a sauvé le monument.
En 2003, le château est inscrit en totalité au titre des monuments historiques. Il est resté une propriété privée et ne se visite pas, mais on l'aperçoit depuis le village.
L'église Saint-Antoine est fondée en 1504. Elle aurait d'abord été la chapelle du château. Remaniée au XVIIe siècle, elle est bâtie en pierres du pays et pavée de carreaux venus d'une ancienne tuilerie voisine.
Elle porte un clocher-mur, typique du Sud-Ouest : un simple mur percé de deux baies pour les cloches, au sommet en « queue d'aronde ». Une croix en fer forgé se dresse à côté.
En janvier 2009, la tempête Klaus abat un cèdre du village. Plutôt que de le débiter en bois de chauffage, on utilise son bois pour restaurer le clocher en 2010. L'arbre veille désormais sur le village d'une autre manière.
Un type de château très répandu en Gascogne aux XIIIe et XIVe siècles : un grand logis rectangulaire, haut et peu percé, souvent flanqué d'une ou deux tours, à mi-chemin entre la forteresse et la maison forte.
La famille de Mérens était protestante avant la révocation de l'édit de Nantes (1685), un choix courant dans la noblesse gasconne de l'époque d'Henri IV.
Mérens comptait 8 exploitations agricoles en 1988, et 2 seulement en 2020, pour environ 215 hectares cultivés.
Mérens est voisine de Lavardens et de son imposant château, l'un des plus connus du Gers. Une bonne idée de visite combinée.