Saint-Martin-Lys
le curé qui perça
la montagne

Carte Aude
Écusson Aude
⟹ Histoire de clocher ⟸

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L'histoire

Pendant des siècles, un mur de roche a coupé Saint-Martin-Lys du reste du monde. Un curé, armé de la seule bonne volonté de ses paroissiens, a décidé de le percer. Il lui a fallu une vie entière.

Un village enfermé entre deux gorges

Saint-Martin-Lys se niche dans la haute vallée de l'Aude, au sud de Quillan, entre deux gorges et sous deux montagnes. On y accède par un pont sur l'Aude. Juste en aval, la rivière s'est creusé un passage de quelques kilomètres entre des falaises vertigineuses : le défilé de Pierre-Lys. Pendant des siècles, aucune route ne le franchit. Un énorme rocher, le « Roc du Diable », barre l'entrée ; seuls de mauvais sentiers de montagne permettent de le contourner.

Ville Saint-Martin-Lys
Saint Martin-Lys

Le lieu a pourtant une longue histoire. Une abbaye Saint-Martin y est mentionnée dès 898, quand le moine Leuva lui donne une vigne à Cailla. Elle reçoit de nombreux dons dans la vicomté de Fenouillèdes, et le pape Agapet II confirme ses possessions en 954. Les moines y cultivent la vigne, l'olivier et les céréales.

Félix Armand, fils de tanneur

Félix Armand naît à Quillan en 1742, dans une famille pauvre et pieuse : son père est tanneur et sonne les cloches de la ville. Envoyé étudier à Perpignan vers l'âge de 12 ans, il entre en 1762 au grand séminaire d'Alet. Ordonné prêtre, il est vicaire à Quillan, curé de Galinagues à partir de 1771, puis vicaire de Belvianes. Il succède enfin à l'abbé Bernu comme curé de Saint-Martin-Lys, où il restera 49 ans.

Il y trouve un village isolé et pauvre. Il y introduit la pomme de terre, puis la vaccination, et crée la première caisse de bienfaisance. Mais il comprend surtout que, tant que la montagne restera fermée, rien ne changera.

Percer le Roc du Diable

Peu après son installation, il lance les travaux. Avec les habitants de Saint-Martin, à la pioche et à la barre à mine, il entreprend de tailler un chemin le long de la rivière, à flanc de falaise. Il faut environ cinq ans de travail et de quêtes pour ouvrir un premier sentier. Puis vient le Roc du Diable, le dernier obstacle avant Belvianes : on le perce d'un tunnel d'une dizaine de mètres, qui, une fois élargi, devient le « Trou du Curé ». Au total, plus d'un kilomètre et demi de passage est taillé dans la roche.

Ville saint_martin_lys
Saint Martin-Lys

L'argent vient des dons, puis de l'évêque d'Alet, Charles de La Cropte de Chanterac, qui finance largement le chantier. La Révolution l'interrompt : prêtre réfractaire, Félix Armand s'exile quatre ans à Sabadell, en Catalogne. Les habitants signent une pétition pour son retour. Revenu, il doit encore se cacher, notamment dans la grotte du Gal, chaque fois qu'on annonce les gendarmes. Les travaux reprennent difficilement en 1799.

À la Toussaint 1814, une procession conduit les paroissiens jusqu'au « Trou du Curé » pour célébrer la fin des travaux.

De la piste à la route nationale

Le curé ne s'arrête pas là : jusqu'à sa mort, il améliore la route et fait creuser un chemin muletier. En 1821, avec l'appui du duc de La Rochefoucauld, la route devient départementale. Napoléon Ier, puis Louis XVIII, y ont contribué de leur cassette. Félix Armand reçoit la Légion d'honneur. Il meurt à Saint-Martin-Lys en 1823 et lègue la plupart de ses biens aux pauvres de la paroisse.

Après lui, la route est prolongée vers Axat, Mont-Louis et le Roussillon. Elle devient route nationale en 1861 et apporte la prospérité aux villages de la haute vallée. Saint-Martin-Lys atteint 448 habitants en 1896. Aujourd'hui, la commune en compte 23, et c'est la route de l'abbé (la D 117) qui mène de Quillan à Perpignan à travers les gorges.

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Chronologie

  1. 898Première mention de l'abbaye Saint-Martin.
  2. 954Le pape Agapet II confirme les biens de l'abbaye.
  3. 1742Naissance de Félix Armand à Quillan.
  4. 1762Il entre au grand séminaire d'Alet.
  5. 1771Curé de Galinagues, avant de rejoindre Saint-Martin-Lys.
  6. 1770-1780Début des travaux dans le défilé de Pierre-Lys.
  7. 1792L'élargissement est interrompu par la Révolution ; exil à Sabadell.
  8. 1799Reprise difficile des travaux.
  9. 1814À la Toussaint, procession au Trou du Curé pour fêter la fin des travaux.
  10. 1821La route devient départementale.
  11. 1823Mort de Félix Armand à Saint-Martin-Lys.
  12. 1861La route devient route nationale.
  13. 1896Population maximale : 448 habitants.
  14. 1942La statue en bronze de l'abbé, à Quillan, est fondue par l'occupant.
  15. 2007La 14e étape du Tour de France traverse le village.

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Le Trou du Curé

Le « Trou du Curé » est le court tunnel percé dans le Roc du Diable, à la sortie du défilé de Pierre-Lys en direction de Quillan. Il est toujours emprunté par la route D 117, entre Quillan et Axat. Juste à côté, le passage est si étroit que la route semble suspendue au-dessus de l'Aude.

On peut s'y arrêter pour mesurer l'exploit : des parois de plusieurs dizaines de mètres, une rivière en contrebas, et ce trou taillé à la main par des paysans menés par leur curé. Un peu plus loin, à Quillan, une sculpture évoque le tunnel et une statue de pierre rend hommage à l'abbé Armand.

✦ Comment on finance une route au XVIIIe siècle
  1. Les paroissiens : leurs bras, leurs outils et leurs dons.
  2. L'évêque d'Alet : Charles de La Cropte de Chanterac, principal mécène.
  3. Napoléon Ier : un bon sur sa cassette personnelle.
  4. Louis XVIII : une contribution après la Restauration.
49 ans
de ministère à Saint-Martin-Lys
+1,5 km
de passage taillé dans la roche
448
habitants en 1896
23
habitants en 2023

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Le saviez-vous ?

Légende

Les moines qui chantent

Selon la tradition, des moines massacrés en août 1573 pendant les guerres de Religion reviendraient chanter les nuits du 15 au 16 août et du 1er au 2 novembre. Certains y voient un effet du vent dans les gorges.

Pendant la Terreur

La grotte du Gal

Revenu clandestinement d'exil, le curé se cachait dans une grotte troglodyte, la grotte du Gal, chaque fois que les forces de l'ordre étaient annoncées.

Pompier volontaire

L'incendie des Fanges

Une nuit, alerté le premier par le garde forestier, l'abbé organisa lui-même les bûcherons contre l'incendie de la forêt des Fanges. Le préfet salua son action.

Une statue disparue

Fondu en 1942

La statue en bronze de l'abbé, élevée à Quillan d'après un modèle de Jean-Marie Bonnassieux, a été fondue par l'occupant en 1942. Une copie en pierre l'a remplacée.

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Sur place

Saint-Martin-Lys, haute vallée de l'Aude
Position indicative, d'après OpenStreetMap. La D 117 est étroite dans le défilé : arrêtez-vous uniquement sur les emplacements prévus.